ALTERCULTURES
Généreux, le recueil d’As Malick Ndiaye l’est par le flot soutenu et concerté de sons, de mots et d’images qui le parcourt. Cette générosité se manifeste encore dans l’intention du propos poétique, décidément placé sous le signe de l’analogique.
As Malick Ndiaye célèbre en effet ses “petites patries” – la Casamance, la Bretagne ou Harlem – et si ce pluriel ne nous était avertissement suffisant, sachons qu’ici seront passées au laminoir idées reçues, frontières et catégories, par quoi les gens du monde apprennent à se tenir à distance les uns des autres.
En ce trouble début de millénaire, Altercultures nous rappelle à l’utopie d’ “un monde alternatif” en une langue tour à tour mélodieuse et saccadée, osée et tendre.
Viatique du retour
À Abdoulaye Sarr
Levé comme un outil vermeil
Ton doigt qui pointe le soleil
D’une Afrique pourtant brûlante
Et parfois combien décevante,
Pour ceux qui aspirent comme toi
Au retour. Or, je me tiens coi
Bien à l’abri dans la froidure,
Je surveille ton aventure
Et cet élan patriotique,
Où tu reposes ta logique.
Je prie pour qu’il ne soit pas vain,
Je redoute que de Cronos
La traîtrise te frappe au dos.
Il tend son piège malsain
Sans craindre l’ire d’un peuple
Par mensonges rendu aveugle.
Pourtant, tu passes sans ciller
La plus grande épreuve morale :
Fuir la corruption, passer
Outre les pièges du crotale,
Et servir notre beau pays.
À la fournaise tu survis,
M’ouvrant grand les yeux sur la vie.
Que nous importent les rubis,
Quand on échappe à toute envie
D’amasser des deniers. La foi
Aux nôtres est la seule loi
Qui importe finalement ;
Et cette loi jamais ne ment.