La bourse du corrupteur
À Alex Segura
Elle est plus profonde que les enfers,
La bourse sans fond du corrupteur.
Avec dedans par milliers,
Des richesses en pagaille :
Des bijoux offerts par un Émir,
Des francs valant le dollar,
Des petites pépites et des pièces,
Souvent jaunes pour faire la mesure,
Des billets de toutes les couleurs,
Des avoirs en espèces de chèques.
Désormais il les compte par milliards ;
Il les convertit quand il veut,
Il les donne à qui il veut.
Il faut être fou pour refuser ses cadeaux,
Quand on n’a jamais vu un liard.
Surtout que le corrupteur maîtrise l’art
De toujours reconnaître les crevards.
Il les invite en son palais,
Il leur glisse en douce une mallette
Remplie de ses fameux petits billets
Et les crevards deviennent silènes;
Et les maladies peuvent sommeiller tranquille,
Se réveiller quand elles veulent ;
Et la faim peut élire domicile,
Se glisser dans chaque petite poche de misère ;
Et la détresse peut s’emparer sans peine
De ma maison ouverte aux quatre vents,
Tandis que se ferme la porte de mon école.
Ne comprenant pas, je suis allé voir le corrupteur
Il me dit de travailler,
« Il faut travailler ! Encore travailler ! Toujours travailler ! »
Comment a-t-il fait ? Lui qui s’enrichit sans travailler?
Le corrupteur rit et me dit son secret.
Ses amis de la Banque Mondiale,
Ses maîtres d’Europe et d’Amérique,
Son Émir du pays des sables,
Lui ont donné son trésor.
Et pourquoi donc l’ont-ils fait ?
Parce que le corrupteur avait dit
À ses amis et à ses maîtres
Que j’avais faim et que j’avais soif
Que je devais tenir debout pour les servir.
Il avait dit à l’Émir
Que je voulais bien prier, toujours esclave, toujours fidèle,
Que je devais tenir debout pour prier notre Dieu.
Et ses amis ont alors dit oui,
Et ses maîtres se sont frotté les mains,
Et l’Émir l’a béni.
Et ils lui ont tous donné l’obole.
Ils l’ont fait en mon nom,
Sans connaître ma maison.